Paul

by 12/14/2016 0 commentaires

Bonsoir à tous, 

Ayant pris ma demi-journée aujourd'hui, j'ai pris le tramway plus tôt afin de croiser des personnes qui ne sont ni d'avant 7h du matin ni d'après 15h30. Et c'est dans le tramway que j'ai abordé l'inconnu du jour qui, au départ méfiant par mon approche, s'exclama : "Moi aussi je suis comme toi, je constate que les gens sont fermés sur eux-même : j'accepte d'être l'inconnu!" (rires)

Je vous présente Paul, 40 ans.

Dans la vie Paul est électricien : "Je suis électricien depuis 2006 mais ce n'est pas ce que je faisais à la base : j'étais militaire. Pour tout te raconter, et bien j'étais militaire en Centrafrique et pour des soucis d'instabilité politique et de conflits imminents j'ai quitté mon pays pour venir en France. Je suis arrivé en 2001 et c'est plus tard que je me suis formé au métier d'électricien. Et puis après, en 2008 rebelote, peur de l'étranger, les gens se disent que se sont les étrangers qui volent leur boulot qu'ils viennent de perdre... Je regrette que les gens ne se posent pas la question sur leur société plutôt que de chercher le coupable dans son entourage ou dans la rue.

Parle moi de ton parcours, ton arrivée en France? 
"Oulala ça n'a pas été simple car je suis arrivé en 2001 comme je te le disais et j'ai tout de suite senti le regard un peu oppressant des gens. On m'a fait comprendre que je n'étais pas d'ici, ça a été un choc pour moi. Puis je me suis habitué petit à petit : j'ai pris énormément sur moi. Mais le plus dur ça a été pour obtenir la nationalité française de 2001 à 2010 : 9 ans d'un parcours du combattant. Il faut sans cesse prouver que je ne veux pas de mal à la France, que je ne suis pas un terroriste, que je suis sociable, que je travaille... Il faut remplir des papiers, fournir des justificatifs, etc. Mais je suis fier d'avoir surmonté ces épreuves qui n'ont pas toujours été simples. Avec du recul je trouve ça normal!

Apprends moi un truc sur ton métier? 
"Un va-et-vient : C'est une installation électrique de base, si dans une pièce tu as 2 interrupteurs et que tu peux allumer avec un interrupteur et éteindre avec l'autre : et bien c'est ça le va-et-vient. (rires)
Ce qu'il faut pour être un bon électricien? Du sérieux et de la rigueur!"

Il aime le basket - il supporte les SAN ANTONIO SPURS et son fils va passer les pré sélections départementales, la musique - rnb & africaine : "Et ma deuxième grande passion c'est le SCRABBLE! (rires) J'adore ce jeu, il m'inspire, il me pousse dans la réflexion et dans la recherche de mots : j'aime les mots!

Il n'aime pas la trahison, les brocolis et les petits pois. 

Es-tu heureux aujourd'hui? 
"Plus ou moins! Je ne suis pas heureux mais ça va quand même. Ce qu'il me manque pour être heureux? Ma famille au sens large, car ici j'ai ma femme et mes enfants, mais le reste de ma famille est toujours en Centrafrique. Et il faut de l'argent pour les faire venir, même pour les vacances, les billets d'avion ce n'est pas donné et si tu rajoutes à ça les petits boulots, le traqua quotidien et bien je ne les vois pas souvent!"

Une personne qui t'a marqué ou t'influence encore aujourd'hui? 
"Sans hésitation : Nelson MANDELA. Je pense souvent à lui, à ce qu'a fait cet homme, aux valeurs qu'il prônait. J'essaie de m'inspirer de lui un maximum : c'était un homme formidable."

Le mot de la fin?
"Si l'on pouvait communiquer un peu plus entre nous on ne passerait pas à côté de gens passionnants."

Merci Paul, j'ai adoré discuter avec toi et j'espère que nous nous recroiserons un jour.


A.