Gregory

by 4/12/2018 0 commentaires

Bonsoir à tous, 

Ce matin je suis descendu à l'arrêt 'Vincent Gâche' et j'ai attendu ... attendu que quelqu'un arrive à ma hauteur. Un tramway arrive et un homme aussi, je décide de voir si l'homme monte dedans et si tel n'est pas le cas, alors je l'aborde. Il ne monte pas, donc je décide d'aller lui parler : il accepte volontiers.

Je vous présente Grégory, 40 ans.

Dans la vie Grégory est sans domicile : " Je suis SDF ! Ce que je fais là ? J'attends le tramway, je sors de la halte de nuit pas loin de là, je suis allé prendre un café... ça réchauffe et ça fait du bien. Et je me rends dans un autre endroit où je vais pouvoir croiser des amis et passer le temps : faire un brin de causette. Et puis là-bas, c'est sympa on peut rester jusqu'à 11h, ça nous laisse le temps de nous poser, c'est moins speed que la halte de nuit. "

Je décide de monter avec lui dans le tramway et de le suivre quelques arrêts sur la ligne 2, moi qui bosse sur la ligne 3 je reviendrai sur mes pas, ce n'est pas grave car je suis un peu en avance. J'en profite donc pour lui demander de me parler de lui ? 
" Je suis un enfant de la DDASS, d'une mère alcoolique, qui elle-même avait des parents alcooliques... Et qui m'a fait reproduire le même schéma : je suis alcoolique. J'ai été élevé par mon oncle et ma tante dès l'âge de 11 ans. J'ai un BEP de tourneur fraiseur et quand il a fallu trouver un job, mon oncle et ma tante qui avaient un bar-restaurant m'ont proposé de travailler avec eux. 
Et puis j'avais un appartement, une grosse voiture - une BMW, tout allait bien malgré quelques vieux démons intérieurs avec lesquels je me battais depuis quelques années et puis ma femme m'a quitté. C'est là que tout a basculé. J'ai commencé à boire, j'ai perdu mon appartement, mes amis, mon permis : j'ai pété un plomb et ces démons que j'avais longtemps combattus ont eu raison de moi. C'est comme ça que je me suis retrouvé à la rue ! Depuis combien de temps je suis à la rue ? Je ne compte plus les années, je ne sais plus ; trop longtemps en tout cas, mais ça va, je ne me plains pas. " 

Je lui demande ce qu'il aime : " Pas grand chose à vrai dire ! Dans la rue tu perds le goût de tout, tu stagnes, tu n'as plus d'envie. Au début tu t'accroches et puis les semaines passent, les mois et les années ... Et donc pour combler ce vide, je bois et je tente tant bien que mal de survivre. " 

Je lui demande ce qu'il n'aime pas : " Moi j'aime tout le monde, je suis sociable, quelqu'un d'honnête et jamais je ne juge quelqu'un. Alors que vous autres, vous qui avez un toit, vous nous jugez trop souvent et vous êtes méchants avec nous les SDF ... On ne nous parle pas, on nous ignore, moi je ne veux de mal à personne, alors pourquoi nous veut-on du mal ? Je ne comprends pas pourquoi les gens sont comme ça. " 

Es-tu heureux aujourd'hui ? 
" Ouais ça va : je suis en vie ! "

Le mot de la fin ? 
" Merci d'avoir discuté avec moi, ça fait plaisir de ne pas se faire insulter ou agresser verbalement ! " 


Merci Grégory et j'espère te recroiser prochainement dans le tramway ou dans Nantes. 


A.