Matthieu par Anne

by 6/20/2017 0 commentaires


Bonsoir à tous,


J’ai retrouvé Allan à l’arrêt Diderot de la ligne 3. Nous avons fait connaissance, c’est plus facile pour partager ce moment ! Sur ses conseils, nous sommes allés à l’arrêt Pont Rousseau de la ligne 2.
C’est fou comme il doit tenir compte de plusieurs paramètres pour que sa demande d’interview soit acceptée.
Nous avons décidé que c’était Allan qui aborderait les gens, car je pense que je n’aurais pas été à l’aise pour expliquer la démarche. Allan a abordé une jeune femme qui était d’accord pour l’interview mais elle ne voulait absolument pas être prise en photo. Nous la laissons tranquille et nous nous retournons pour aborder un jeune homme en train de lire. Il a accepté d’emblée, avec un grand sourire.

Nous vous présentons Matthieu, 24 ans.

Il vient de La Montagne (dans le Sud Loire) où il y a vécu toute son enfance. Il est étudiant en 3è année de Biologie à la Fac de Sciences. Il termine ses examens. Il espère enchaîner sur un Master. A l’issue, soit il retentera Médecine qu’il reprendrait en 2è année, soit il fera de la Recherche.
En parallèle, il est aide-soignant en maison de retraite. Cela fait 3 ans qu’il y travaille les week-ends et vacances. Cela l’a fait grandir sur le plan humain. Il a tenté d’autres emplois, notamment dans la monétique, mais cela ne lui a pas du tout plu.
Il nous dit que c’est très dur de mener de front ses études et un emploi. Mais il a besoin de se sentir utile aux autres, et c’est un peu ce qui lui manque à la Fac. C’est pour cela qu’il aimerait bien retourner en Médecine.

Tu as des loisirs ?
« Je fais de l’escalade et de l’alpinisme et aussi du longboard. Il n’y a pas beaucoup d’endroit avec des pentes à descendre, il y en a quelques-uns à La Montagne. »

Quelle est ta plus grande fierté ?
« J’ai fait un périple dans les Alpes jusqu’à 4000 mètres. C’était tranquille. Tu t’oublies toi et tu fais partie du Tout. On a voulu tenter l’ascension du Mont Blanc mais nous avons dû abandonner car des membres du groupe étaient malades. »

Quel serait ton regret ?
« Je n’ai pas assez travaillé mes cours et je me retrouve au rattrapage des examens.
Il y a eu une réforme et je dois passer un concours pour continuer. J’ai peur de ne pas l’avoir et comme j’ai déjà quelques années de retard dans ma scolarité, cela m’inquiète. »

Qu’est-ce que tu écoutes comme musique ?
« Je suis allé au Hellfest hier et j’ai bien aimé, même si je ne connaissais pas très bien certains groupes. « 

Qu’est-ce qui t’insupporte ?
« Je me pose beaucoup de questions et parfois c’est un handicap. Mais j’aimerais bien que les gens se posent plus de questions parfois, qu’ils aient un esprit critique. »
Il n’aime pas : « Le roquefort, tous ces fromages qui ont un goût fort. »

Est-ce qu’à cet instant même tu es heureux ? Pourquoi ?
« Oui je suis heureux car je vais réviser. »

Par quelle(s) personne(s) as-tu été influencé dans ta vie ?
« Ma copine Lydia qui est douce et patiente. Elle a une telle ouverture sur le monde, que ça remet à sa place. »

Apprends-nous un truc sur ton job :
« Il faut être à l’écoute et très patient avec les personnes âgées.
Il ne faut pas prendre pour soi ce qu’on nous dit car les gens sont désespérés, ils connaissent l’isolement. Quand on demande à leur rendre visite, s’ils disent non, c’est là qu’il faut y aller car ce refus est un appel à l’aide.
Aussi, j’ai appris sur le tas à soulever les personnes et mon dos en a pris un coup. Je n’ai pas eu de formation pour apprendre à le préserver, pourtant il faudrait. »

Si tu avais le pouvoir de changer quelque chose, ce serait quoi ?
« Ce qui fait les guerres, car les gens ont besoin de se rassurer. »

Quel est ton mot de la fin ?
« Ça m’a fait plaisir, cette démarche »

*  *  *  *  *

Je suis très heureuse et fière d’avoir vécu cette expérience. Nous avons le nez penché sur nos livres ou nos téléphones et une simple conversation avec l’autre devient très rare.
Lorsque mon nom a été tiré au sort, je n’y croyais pas car je ne suis pas très chanceuse. J’étais très curieuse et impatiente de vivre ce moment et ne m’y suis pas vraiment préparée. Je comptais improviser selon la personne en face de moi, et j’étais rassurée car Allan était tout près.
Le temps a passé tellement vite ! Je suis bluffée par la grandeur d’âme de cet étudiant travailleur qui, il faut bien l’avouer, m’a touchée.
Rencontrer Allan et Matthieu a rechargé mon énergie à bloc !
Pfiou, quelle belle aventure ! Je souhaite à tous mes successeurs de la vivre aussi intensément.


Anne.