Abdsatar

by 1/12/2015 2 commentaires
Bonsoir à tous,

C'est lundi et le lundi c'est galère pour les interviews, les refus se sont enchaînés ce matin. Et puis j'ai croisé un inconnu de la semaine dernière : Paul. Ça a d'ailleurs donné lieu à un #SelfieTram. C'est sur le retour que j'ai croisé l'inconnu du jour, j'ai laissé passer 3 tramways et puis il s'est positionné à côté de moi.

Je vous présente Abdsatar, 33 ans.

Dans la vie Abdsatar est peintre en bâtiment, en intérim : " J'aime bien mais c'est compliqué en ce moment, il n'y a pas beaucoup de travail avec la crise, je rêve d'un CDI. " 
J'en profite pour lui demander si ça lui plaît : " C'est bien comme travail mais j'aurais aimé travailler dans le dessin, mais tu sais ici pour avoir de la place dans les écoles 'gratuites' c'est compliqué, il y a beaucoup de monde. Sinon, pour les autres écoles je n'ai pas d'argent, ça coûte 4 à 5000 euros l'année. 
- Et tu peux me montrer ce que tu dessines ? Oui je sais je suis curieux ! (rires)
- Regarde. "

Abdsatar me tend son téléphone et là, la claque ! Il m'autorise à utiliser une de ses photos pour la mettre sur le blog. Je vous laisse admirer son travail.


Il aime son métier de peintre, mais je sens bien que le dessin est bien plus important, je lui demande ce qu'il aime dans le dessin et par la même occasion de m'apprendre un truc : " J'aime la beauté d'un dessin, transmettre une émotion et un message. 
Tu veux que je t'apprenne un truc pour bien dessiner ? Je dirais qu'il faut avoir le sens de l'observation et du détail pour reproduire au mieux ton sujet. "

Abdsatar me parle aussi de la difficulté pour trouver un job : " Tu sais je suis marocain et je suis arrivé en France il y a 5 ans, ça n'a pas été simple tous les jours. J'ai quitté ma famille pour suivre mon 'ex-femme' qui est française. Il a fallu que je reprenne tout de zéro, pas évident. 
Au Maroc, j'étais pianiste je jouais dans des clubs et des hôtels ; pour venir ici j'ai vendu tout mon matériel. Je m'intègre, je fais du mieux que je peux, mais tu sais l'intégration elle ne fonctionne que si en face il y a l'acceptation. Et ça malheureusement, ce n'est pas toujours évident pour 'nous' les étrangers. Attention, je parle de certains cas, et heureusement pour moi ce n'est pas tous les jours que l'on me ferme la porte au nez. " (rires)

Il aime la musique - vu qu'il a joué du piano pendant des dizaines d'années, le dessin : " Un truc que j'aimerais faire c'est enseigner  aux jeunes la musique ou le dessin ! "

Il n'aime pas le travail pénible, l'hypocrisie : " Et je n'aime pas les haricots verts et la salade, j'ai l'impression d'être un lapin ! " (rires)

" Abdsatar, aujourd'hui es-tu heureux ?
- Je suis satisfait mais pas heureux. C'est comme ça, la vie sera meilleure après et j'espère devenir heureux plus tard. "

Le mot de la fin : " PAIX ! La paix pour tout le monde, pas seulement pour 17 personnes ... vraiment la paix pour tous. "

Il me reste 1 arrêt avant de descendre à la gare et Abdsatar, toujours avec une extrême gentillesse, me dit : " Tu veux que je te dessine un truc ? 
- Ouais grave ! " 
Il saisit mon calepin et mon stylo et griffonne quelques traits en un arrêt, entre Manufacture et Gare SNCF, je suis vraiment content !

Merci Abdsaltar et bon courage pour la suite.

A.