Benoit

by 1/25/2017 0 commentaires

Bonsoir à tous, 

Comme je savais que j'avais un peu de temps à la sortie du travail, je n'ai abordé personne ce matin. J'ai donc littéralement campé 15-20 minutes à l'arrêt 'HALUCHERE' ! Et j'ai finalement fini par aller aborder le mec le plus isolé sur le quai. Coup de chance, il accepte direct : "Je crois avoir entendu parler de toi dans les médias, non? Je ne suis pas vraiment un inconnu car je bosse pour la TAN." 

Je vous présente Benoît, 39 ans.

Dans la vie Benoît est conducteur de tramway et bus : "10 ans que j'exerce ce métier, ça passe vite. Si j'aime mon job? Y a pire comme métier, mais il y a forcément mieux. Disons que mon épanouissement, je ne le trouve pas dans mon travail mais plus en dehors, sur mon temps perso. A la base j'aime côtoyer les gens, c'est ce qui m'a d'ailleurs attiré vers ce métier, mais aujourd'hui c'est différent : je suis lassé. Ou alors c'est parce que je fais ma crise de la quarantaine ; mais j'ai l'impression de ne voir que des gens qui râlent. (rires) C'est sûrement pour cela que je préfère conduire un tramway à un bus, je suis dans une sorte de cocon, enfermé à conduire. Alors oui, l'envers de la médaille c'est que je perds le contact avec les gens, j'en ai conscience. Mais tu sais, avec ce climat tendu pour le moment, je me conforte la dedans ; j'assume le fait d'avoir baissé les bras. Après, je sais que derrière chaque usager il n'y a pas que du mauvais, mais les incivilités répétées et les violences vous aident à couper tout dialogue, alors que je sais pertinemment que c'est le contraire qu'il faudrait faire : aller vers les autres et ne pas stigmatiser les usagers. 
Je tiens un discours de mec blasé, mais comme tu peux le constater j'ai le sourire, je discute volontiers avec n'importe qui... Mais je mets ça sur la crise de la quarantaine. Je suis un peu en phase d'introspection quant à mon avenir !" (rires)

Il aime voyager, la randonnée, la nature : "Et j'aime surtout sortir de la ville, retrouver le calme de la campagne... Toute la semaine je vis avec la ville, donc dès que je peux je la fuis !" (rires)

Il n'aime pas l'indifférence et le gigot d'agneau : "Un truc qui m'agace, c'est l'absence de bonjour dans les bus quand les gens passent devant toi. Moi je ne suis pas à cheval sur le fait de montrer son ticket, mais je le suis sur le 'bonjour' !"

Es-tu heureux aujourd'hui? 
"Oui je suis heureux d'avoir partagé ce moment avec toi, ça a changé ma journée."

Le mot de la fin? 
"Merci... Non! Un grand merci à toi pour ce que tu fais !"

Merci à toi Benoît d'avoir joué le jeu de l'interview, j'espère que l'on se croisera dans un tram ou dans un bus. 


A.